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Publié : 17 mai 2011

Rythmes scolaires : une réflexion sérieuse...

Mardi 5 avril, plus de 80 participants au stage syndical « Rythmes scolaires : un problème de politique éducative et un projet de société » ont dialogué avec Claire Leconte, chrono psychologiste, professeure à l’Université de Lille 3.

Transformer l’école pour la réussite de tous s’avère plus que jamais d’actualité. L’ensemble des réformes subies ces trois dernières années (suppression du samedi matin, aide personnalisée, évaluations à répétition…) ont déstabilisé les enseignants et les élèves, détériorant le climat scolaire et créant de la souffrance. En lançant la conférence sur médiatisée sur les rythmes scolaires, Luc Châtel voudrait laisser croire que ce levier est susceptible de résoudre à lui seul la difficulté et l’échec scolaire, ce débat se réduisant à un aspect quantitatif : 4 jours et demi plutôt que 4 jours de classe, plus ou moins de vacances d’été….Claire Leconte a été catégorique : la conférence a pour seul but la destruction de l’école républicaine et la notion de rythmes scolaires n’existe pas. En effet, on dit d’un évènement qu’il est rythmé quand il se reproduit à l’identique selon une certaine périodicité et rend l’évènement prédictif : cela ne peut donc s’appliquer à ce qui se passe à l’école. Selon elle, il est préférable de parler d’organisation temporelle, il est donc nécessaire de bien connaître l’ensemble des temps de vie de l’enfant ainsi que les grands axes des rythmes biologiques. Grâce aux recherches menées depuis les années 60, « on sait que tout individu possède des horloges biologiques endogènes, propres à chacun, avec de vraies variantes individuelles. Ces horloges fonctionnent avec des périodicités différentes classées en 3 grandes catégories :

-  En ce qui concerne les rythmes circadiens (environ 24 heures), pour être en forme, il faut que l’horloge de l’alternance veille / sommeil corresponde à celle de la température centrale et à celle des systèmes hormonaux.

-  Les rythmes infradiens (supérieurs à 28h) ont des conséquences sur l’ensemble du système : dépression saisonnière de novembre jusqu’à mars, état d’hibernation correspondant environ au deuxième trimestre scolaire…

-  Les rythmes ultradiens, inférieurs à 20h, scandent les mouvements cardiaques et respiratoires, ainsi que la succession des cycles du sommeil (un cycle dure environ 90 minutes) :

  • premier cycle de nuit : stade 1 endormissement / stade 2 sommeil léger / stades 3 et 4 sommeil lent et profond qui sert à récupérer de la fatigue physique et pendant lequel l’hormone de croissance est secrétée (stade très important pour l’enfant).
  • deuxième cycle : stade 5 sommeil paradoxal (celui du rêve) : il est fondamental car il met en mémoire à long terme ce qui a été appris dans la journée (une leçon apprise le soir s’inscrira mieux dans la mémoire)
  • troisième cycle : la température centrale augmente et on s’éveille spontanément.

Chez l’enfant, plus il se couche tard plus le stade du sommeil lent est court plus il est fatigué car il ne peut récupérer physiquement et cela l’empêche d’avoir une bonne croissance (problème du nanisme social). Donc plus l’école a une organisation découpée (comme celle induite par la semaine de 4 jours) plus ce risque apparaît (il n’y a pas école donc on se couche plus tard). Avec un bon sommeil, on pourrait allonger la matinée (8h45-12h45) avec deux coupures et avoir une courte après-midi.

Les pratiques enseignantes doivent être questionnées au vu de ces connaissances sur les rythmes : il faut alterner les séquences coûteuses du point de vue cognitif et celles moins coûteuses, les alternances de travail individuel / en petit groupe / en grand groupe, il faut privilégier un réel accueil qui prenne bien en compte le changement de lieu, il faut s’interroger sur les temps de la récréation qui ne doivent pas être un défouloir mais plutôt un moment de récupération, il faut penser à la possibilité de repos dans la journée pour les plus grands…..Les enseignants doivent être capables de décrypter l’état physiologique de leurs élèves et leurs comportements (bâillements, balancements de jambes, agressivité…) Enfin il faut apprendre aux enfants à repérer leurs propres besoins de repos et de sommeil. Il faut donc aussi que les parents les connaissent et les respectent, ils ne doivent pas leur imposer leur rythme d’adulte. Le sujet de la nourriture et des temps du midi doivent également être interrogés : plus l’enfant est jeune plus il aurait besoin de plusieurs petits repas équilibrés au lieu de 3 « gros » repas, le temps du midi ne doit pas être source de stress et de surexcitation…

Pour Claire Leconte le maître mot est REGULARITE : il faut créer cette régularité car la désynchronisation des rythmes provoque de la fatigue voir du mal être. Elle se bat contre la semaine de 4 jours, participe auprès des collectivités et des équipes pédagogiques des écoles (*voir article Nord Eclair) qui lui en font la demande à leurs réflexions sur les temps de l’enfant et, comme dans le cadre de ce stage, à la formation des enseignants.

Vouloir modifier les temps scolaires seuls ne rime à rien, il faut réfléchir à tous les temps de l’enfant, dans le cadre d’un projet de société. Il est inutile de modifier l’organisation de l’école si aucun travail n’est fait auprès des familles, des collectivités, des élus (dont le rôle est de faire les diagnostics en termes de moyens), des associations, des enseignants : les besoins des enfants doivent être présents dans leur globalité et également dans leurs particularités (les besoins d’un enfant de 2 ans ne sont pas ceux d’un ado de 15 ans alors que dans notre système ils ont quasiment la même organisation du temps ! il n’existe pas un rythme qui conviendrait à tous les enfants). L’implication de tous ces acteurs aux intérêts parfois antagonistes est indispensable. L’enfant doit être placé au centre de la réflexion, indépendamment des intérêts corporatistes ou idéologiques.

Voir en ligne : Article de Nord-Eclair