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Publié : 4 octobre 2011

Les effets de la taille et de la qualité de la classe

A la suite de la parution de nouvelles études sur ce que sont devenus les élèves du projet STAR, le chercheur Thibault Gajdos en détaille pour le SNUipp-FSU les principales conclusions.

Le projet STAR qui s’est déroulé aux USA dans les années 85-90 fait l’objet de nouveaux développements. A l’époque, 7 000 élèves de maternelle de 79 écoles ont été répartis dans des classes à faible effectif (15 élèves), des classes ordinaires (25 élèves) et des classes ordinaires avec un assistant à temps plein. Ils ont été suivis jusqu’à la 3ème année du primaire. Les résultats, probants pour la première année dans une classe à effectif réduit sur les résultats aux évaluations, ont été ensuite relativisés par des études réalisées les années suivantes.

Une nouvelle étude parue en janvier 2011 mesure, sur les mêmes élèves, des conséquences importantes sur leur vie d’adulte. Elle conclut à de fortes corrélations entre les revenus à l’âge de 27 ans, les études supérieures, la possession de son logement, le montant de l’épargne - retraite d’une part, et les résultats aux tests en maternelle, la scolarisation dans des classes à faible effectif, le fait d’avoir bénéficié d’un enseignant expérimenté en maternelle ou d’avoir été scolarisé dans une « classe de bonne qualité » en 3ème année de primaire, d’autre part. Enfin elle conclut que si les effets de la qualité de la classe sur les résultats aux évaluations ont été peu significatifs au cours des années suivantes de scolarité, les autres effets positifs (« non cognitifs ») persistent.

Thibault Gajdos est directeur de recherche au CNRS, GREQAM et IDEP, Marseille.

- Qu’est ce qui est le plus frappant pour vous dans ces résultats ?

Les apports les plus originaux de cette étude sont un constat, et une question. Le constat, c’est celui de l’ampleur des effets à long terme de la « qualité » des classes dans l’enseignement primaire. La question est : qu’est-ce qui fait la « qualité » d’une classe ? Quels sont les facteurs qui font qu’une classe fonctionne mieux qu’une autre ? L’étude montre l’importance de cette question, tout en mettant en évidence qu’il n’y a pas, aujourd’hui, de réponse. Il faut poursuivre les expérimentations et les évaluations sur le long terme.

- Quelles conclusions les décideurs pourraient-il tirer de cette étude ?

Tout d’abord, investir dans l’éducation est rentable. Avoir eu un enseignant parmi les 25% les plus expérimentés, pendant un an, se traduit par une augmentation de revenus sur toute la vie de 12 000 Euros (et donc 300 000 Euros si l’on multiplie par 25 élèves !). Il faut donc investir dans la formation des enseignants, et, plus généralement, dans l’éducation primaire. Du strict point de vue économique (et il y a naturellement bien d’autres raisons), c’est une folie de réduire l’investissement scolaire. La deuxième conclusion concerne les évaluations. L’étude montre que les élèves des classes qui ont de meilleurs résultats aux tests standardisés en primaire n’ont pas de meilleurs résultats scolaires au collège, mais réussissent significativement mieux dans leur vie d’adulte. Pourquoi ? Probablement parce que de bons résultats aux tests standardisés sont aussi une mesure, indirecte, de la transmission de compétences non cognitives. Une classe dans laquelle l’enseignant parvient à transmettre des normes sociales, à imposer une discipline collective, à instaurer une vie sociale, aura des résultats meilleurs. En ce sens, de bons résultats sont un produit collatéral du bon fonctionnement d’une classe. Si l’objectif des enseignants devenait d’obtenir les meilleurs résultats possibles aux tests, ils pourraient être tentés d’investir davantage d’efforts dans la transmissions d’acquis cognitifs immédiatement rentables en termes de réussite à ces tests, au détriment de la transmission de ces savoirs non-cognitifs si importants. En d’autre termes, accorder à ces évaluations une importance excessive dans l’organisation du système scolaire risque de conduire à un résultat opposé à celui recherché. Mais inversement, il est évident qu’une étude aussi précieuse que celle dont nous parlons n’aurait simplement pas existé si l’on ne procédait pas à des évaluations quantitatives exploitables par les chercheurs. S’il est idiot d’aller chez le médecin avec pour seul objectif de ramener la fièvre à 37,5°, le thermomètre est néanmoins un outil précieux pour le médecin. Il faut promouvoir la mise en œuvre et l’exploitation intelligentes des évaluations, et sortir des positions stéréotypées.