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Publié : 26 novembre 2011

Démantèlement ECLAIR de l’Éducation Prioritaire

Mardi 22 novembre, les participants au stage syndical « Démantèlement ECLAIR de l’Education Prioritaire » ont pu dialoguer avec Claire Bordachar, membre de l’équipe nationale du SNUipp-FSU, et Christine Passerieux, chercheuse membre du GFEN (Groupement Français d’Education Nouvelle).

Le matin, Claire Bordachar nous a présenté un historique de l’Education prioritaire et a fait le point sur le dispositif ECLAIR. De 1981 et la création des Zones d’Education Prioritaire - dont la politique menée visait à contribuer à corriger l’inégalité sociale par le renforcement sélectif de l’action éducative - en passant par la création des RAR et des RRS en 2006 - à 2010 et le dispositif CLAIR qui a pour base les Assises contre la violence à l’école, les logiques et les actions mises en place sont totalement différentes. On est passé d’une politique de compensation, qui avait pour but de permettre la réussite scolaire à l’ensemble des élèves, à une politique de lutte contre l’exclusion qui a pour but d’assurer le minimum de compétences pour tous et d’extraire de leur milieu les élèves « méritants ». La difficulté scolaire n’est plus traitée au sein de la classe mais est repoussée à l’extérieur dans un empilement de dispositifs qui sont loin d’avoir fait leur preuve et qui ne font que stigmatiser les élèves en difficulté.

Depuis la rentrée 2011, les RAR sont devenus des ECLAIRS (Ecoles, Collèges, Lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) laissant au bord du chemin les RRS… Un vademecum a été publié en juin présentant un programme qui démantèle l’éducation prioritaire et détourne une partie des moyens amaigris du primaire. Parmi les principales dispositions : Exclusion de zones en difficultés et des zones rurales ; Des enseignants recrutés sur profil ; Des ressources humaines et pédagogiques prises au primaire ; Mise en place de contrats d’objectifs ; Des PE au collège pour l’aide personnalisée…Une prime ECLAIR a été annoncée également en octobre : elle comporte une part fixe pour tous et une part modulable supplémentaire déterminée par l’IEN en concertation avec le directeur d’école et les enseignants. A l’issue de cette concertation, l’IEN propose à l’IA les décisions individuelles de son attribution, introduisant le travail au mérite et des salaires différents au sein de notre profession.

Le SNUipp-FSU demande tout simplement « l’abandon du programme ». Estimant qu’il faut « capitaliser les réussites actuelles de l’éducation prioritaire et développer le travail d’équipe, le « plus de maîtres que de classes », la formation et l’accompagnement professionnel des enseignants », il propose « l’ouverture d’une concertation sur la circulaire ECLAIR et sur l’avenir de l’éducation prioritaire ».

L’après midi, l’intervention de C. Passerieux s’intitulait : Inégalités sociales, inégalités scolaires : que faire ? Membre du GFEN dont le pari philosophique est celui du « Tous capables », elle défend l’idée que la société doit créer les conditions de la réussite de tous en créant celles d’une égalité réelle contre « l’égalité des chances », contre le retour de l’idéologie des dons et du handicap socioculturel. Trop souvent on parle de difficultés scolaires plutôt que d’inégalités scolaires, renvoyant aux personnes ce qui est une construction sociale. Les différences entre élèves sont liées à des différences de rapport au savoir, à l’école et aux apprentissages.

Quelles alternatives ? Il faut changer de regard sur les élèves et sur les parents issus des milieux populaires en se méfiant des effets insidieux des attentes à leur égard influencées par les stéréotypes sociaux. Avoir une conduite de classe plus à l’affût de leur intelligence que de leurs faiblesses, laissant la place à l’erreur comme indice de la construction d’une réflexion, d’une intelligence et s’attachant aux progrès de chacun dans une vision dynamique et optimiste de leur développement. L’école soit se recentrer sur ses missions et doit être le lieu de la formation de l’homme (transmission d’un patrimoine) et du citoyen (formation politique), non le lieu de production d’une main d’œuvre au service de l’économie. L’éducation, bien que liée au domaine économique et social, ne saurait être soumise à ses injonctions. Il faut repenser la conception du savoir, non comme une connaissance ou une information à assimiler et à restituer lors d’évaluations qui ne sont que des contrôles, mais comme inscrivant les élèves dans une filiation historique leur permettant de découvrir la saveur des savoirs.

Il faut repenser la conception des apprentissages : Penser le savoir comme construction sociale et historique de l’humanité. La manière dont un savoir est transmis participe tout autant à la construction de la personne que ce qu’il transmet : soumission ou autonomie en particulier de la pensée ; docilité ou capacité à créer, inventer.

Enfin il faut repenser la formation : Que l’on soit élève ou enseignant apprendre ce n’est jamais répéter des gestes, restituer à l’identique mais bien se mettre en situation d’articuler une action et la réflexion sur cette action. Notre métier est entre nos mains, et nous pouvons agir, engager des « disputes professionnelles » comme le dit Yves Clot, c’est-à-dire mettre en travail collectivement nos réflexions, nos expériences, nos questionnements pour refuser l’exclusion.