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Publié : 25 août 2020

Le SNUipp-FSU 80 écrit à l’IA

Amiens, le 25 août 2020

A M. l’Inspecteur d’Académie Direction Académique – Rectorat d’Amiens

14 bd Alsace Lorraine 80 000 AMIENS

Monsieur l’Inspecteur d’académie,

Nous nous étonnons que la CAPD prévue en cette fin de mois d’août n’ait pas lieu comme cela avait été initialement prévu dans le calendrier des instances 2019-2020, et d’en avoir été informé-e-s si tardivement. Aussi, nous aimerions en connaître la raison.

Sous la pression des organisations syndicales et des fédérations de parents d’élèves, le ministre de l’Education nationale s’est exprimé ce jeudi 20 août au journal télévisé du 20H de France 2 pour parler des conditions de cette rentrée inédite. Choisir une chaîne du service public pour faire des annonces est une bonne chose, mais nous déplorons qu’il soit resté, dans le « monde d’après », identique au ministre que nous avons malheureusement connu dans le « monde d’avant » : méprisant avec les personnels et totalement déconnecté de la réalité du terrain ! Son intervention n’a rassuré aucun-e enseignant-e sur cette rentrée inédite puisqu’il n’a fait aucune annonce !

Sait-il que pour une rentrée des classes habituelle, une seule journée de pré-rentrée ne suffit pas et que très souvent, les équipes enseignantes positionnent juste avant celle-ci la journée de solidarité, pour essayer d’être prêtes et sereines pour accueillir les élèves et informer les parents ? Se rappelle-t-il que pour réouvrir les écoles aux élèves après le confinement 2 journées complètes de pré-rentrée ont bien souvent été utilisées par les équipes enseignantes afin de préparer l’accueil d’un très petit nombre d’élèves, et pour seulement un mois et demi de classe ? Sait-il que très souvent les directeurs et directrices d’école sont réuni-e-s par leurs inspecteurs et inspectrices de circonscription le matin de la pré-rentrée ?

Ainsi donc, en une seule journée, voire en 3H seulement, les équipes enseignantes devraient être capables de se réunir pour bénéficier du compte-rendu des réunions de circonscription, organiser le planning des services, prendre connaissance de l’inscription de nouveaux élèves, relire ensemble la note de rentrée faite aux parents, tâches habituelles, mais aussi lire ensemble la circulaire de rentrée parue au BO du 10 juillet, du plan de continuité pédagogique mis à jour le 21 août, du guide sanitaire de 7 pages, sans oublier les priorités pédagogiques et outils de positionnement pour la période septembre-octobre, ainsi que les programmes d’enseignement modifiés par le BO du 30 juillet.

Se rappelle-t-il que tous ces textes ont été publiés … pendant les vacances scolaires, qui sont par définition un temps de repos pour les personnels ? Même si tout le monde sait que les enseignant-e-s travaillent pendant leurs congès, M. Blanquer attend t-il que nous y passions toutes nos vacances ? Nous ne sommes pas dupes. Notre ministre nous laisse penser que les équipes enseignantes sont formidables et qu’il est bienveillant à leur égard. Pourtant, il ne prend pas au sérieux la santé et la sécurité des personnels et des élèves. Tout comme il n’a pas à cœur la réussite de nos élèves.

C’est pourquoi le SNUipp-FSU a demandé, et demande encore, un report de la rentrée scolaire, afin que les équipes enseignantes puissent organiser celle-ci avec sérieux, comme les professionnels qu’ils et elles sont !

Le ministre n’a pas annoncé non plus la suspension des évaluations nationales CP et CE1 qui devraient avoir lieu dès le 14 septembre. Ainsi donc, 2 semaines à peine après la rentrée, les élèves sortant de grande section de maternelle, n’ayant pas été scolarisé-e-s pendant 2 voire 3 mois (car rappelons-le, de nombreuses écoles maternelles sont restées fermées au moins jusqu’au 2 juin voire plus), n’ayant été en obligation scolaire qu’à compter du 22 juin pour ensuite se retrouver pendant 2 mois en vacances, ces mêmes élèves donc, pour certain-e-s quasi pas scolarisé-e-s pendant 5 mois, vont être évalué-e-s sur la base des mêmes évaluations que les années précédentes ! C’est un non sens absolu ! Veut-il fragiliser encore davantage ces élèves en les mettant en échec dès leur entrée à la « grande » école ? Ou au contraire « établir un cadre serein propice aux apprentissages et à la reprise de la vie collective » comme l’indique la circulaire de rentrée ? Nous contestons la malveillance du ministre à l’égard des élèves, mais aussi de leurs familles, auxquelles il faudra ensuite rendre compte des résultats des évaluations.

C’est pourquoi le SNUipp-FSU a demandé, et demande encore, l’annulation des évaluations nationales standardisées, car la priorité est bien de redonner confiance aux élèves, de recréer une dynamique collective d’apprentissage, de construire du sens et pas d’imposer des évaluations sommatives qui apparaissent cette année encore plus déconnectées de la réalité !

Le ministre n’a pas annoncé non plus un plan de formation continue exceptionnel pour les enseignant-es, qui vont vivre une rentrée inédite. Quid de formations à la gestion de cette crise sanitaire par les personnels de santé de l’Education nationale ? Quid de formations spécifiques à la remédiation pédagogique des difficultés des élèves ?

Faut-il rappeler que la formation des enseignante-s est un des leviers fondamentaux quant à la réussite des élèves ? Vous l’écrivez vous-même à juste titre, Monsieur l’Inspecteur d’académie, dans votre courrier du 16 juin, et nous sommes bien d’accord avec vous !

Venons-en donc justement au Plan Départemental de Formation prévu cette année dans la Somme : une véritable honte ! Pour ce qui concerne les candidatures individuelles, aucune des formations de l’an passé annulées par le confinement et la crise sanitaire ne sont reportées, aucune formation à la santé n’est organisée (mise à part celle destinée aux directeurs et directrices intitulée « porter secours » mais non liée au contexte sanitaire spécifique), aucune formation au numérique n’est mise en place (alors que l’enseignement à distance est un des scénarios envisagés par le ministre lui-même), aucun retour d’expériences, de vécu, sur ce moment si particulier de l’histoire de l’éducation de notre pays, n’a été demandé ! Non seulement la liste des dispositifs proposés aux personnels cette année tient en une seule page, mais elle n’est destinée qu’à 345 professeurs sur plus de 3000, et en plus, les formations proposées ont toutes lieu … pendant les vacances scolaires !!! Ces 345 professeurs devront d’ailleurs renoncer à encadrer les stages de réussite qui seront proposés aux élèves en difficulté cette année aussi pendant les vacances d’automne. Cruel dilemme ! Et bien voilà, nous y sommes : travailler plus, pour gagner plus !

Le plan français, si cher au ministre, prévu cette année dans la Somme pour 40 enseignant-e-s, qui pourrait paraître nouveau et intéressant, nous interroge cependant. Il y a un risque réel d’intrusion indéniable et de contrôle renforcé des pratiques, sous couvert d’accompagnement et de démarche réflexive. Les ressources proposées par les référent-es sont les guides et recommandations … déjà fabriqués par le ministère et son conseil scientifique. Les enseignant-es seront invité-es à les mettre en œuvre, donc à exécuter et non à concevoir. De plus, les 5 journées en français pourraient avoir lieu pendant les vacances scolaires, ce qui serait encore du travail supplémentaire pour les professeurs concerné-e-s par ce plan . Qu’en sera-t-il dans la Somme ? Les personnels concerné-e-s par ce plan seront-ils et elles volontaires ou désignées ? Nous rappelons ici que de ces 30H de formation, les collègues ont le droit d’utiliser 9H pour participer à des réunions d’information syndicale et que nous serons vigilant-e-s à ce que ce droit soit respecté ! Quid également de la surcharge de travail générée par ce nouveau plan pour les CPC qui croulent déjà sous le travail ?

Nous dénonçons également le plan de formation à distance destiné aux enseignant-e-s de maternelle qui n’a pour objectif que de leur faire ingérer de nouveaux guides concernant l’école maternelle, visant uniquement à préparer les élèves au CP, centré uniquement sur les apprentissages fondamentaux. L’ « école de l’épanouissement, du bien-être et du langage » n’est-elle donc centrée que sur les savoirs fondamentaux ?

A la lecture de la circulaire de rentrée, de nombreuses questions se posent :
- comment les 4000 créations de postes d’AESH, dont nous ne pouvons que nous réjouir, vont-elles se décliner dans le département de la Somme ? Où en est-on des PIAL ?
- combien d’AED vont être nommé-es et peut-on être destinataires de leurs affectations ?
- comment les enseignant-es du premier degré vont-ils et elles bénéficier d’heures supplémentaires ?
- comment l’accompagnement personnalisé des élèves par des AED ou par les personnels remplaçants va-t-il être organisé jusqu’en décembre ?
- comment les personnels des RASED vont-ils et elles contribuer aux apprentissages des élèves les plus en difficulté ?
- de quel type de formations les directeurs et directrices d’école vont-ils et elles bénéficier ? Et quand ? Sur leur temps de classe ou pendant les vacances scolaires ?
- les élèves ne vont-ils bénéficier jusqu’aux prochaines vacances que d’enseignement de français, de mathématiques et d’EPS ? Ou toutes les matières pourront-elles être enseignées ? La circulaire ne nous semble pas très claire à ce sujet.
- quid de la formation à l’enseignement des langues vivantes en élémentaire prévue par la circulaire dont nous ne voyons pas la déclinaison dans le PAF ?
- comment le plan d’investissement dans les bibliothèques scolaires, que nous ne pouvons que saluer, va-t-il se décliner concrètement ?

Par ailleurs, la circulaire ne répond à aucune des questions concrètes que les équipes enseignantes ne manquent pas de se poser déjà :
- les échanges de service entre professeurs, les inclusions des élèves d’ULIS dans les classes, le brassage des élèves d’UPE2A… seront-ils possibles ?

- les horaires d’entrée et de sortie des élèves seront-ils les mêmes pour tous les élèves d’une même école ?

- les parents pourront-ils accompagner leurs enfants au sein de l’école le jour de la rentrée ? Les réunions d’information à leur destination pourront-elles avoir lieu dans les classes ?

- concernant l’enseignement de l’EPS, des modules de natation vont-ils pouvoir avoir lieu ? Les ETAPS qui existent dans certaines villes vont-ils pouvoir intervenir dans les écoles ? Comment mener un module d’EPS en 30 minutes avec l’échauffement, la préparation et le rangement du matériel par les élèves et la menée d’objectifs d’apprentissage ? Cela nous semble une vision de l’enseignement de l’EPS bien éloignée de la réalité ! - des chorales d’école pourront-elles être organisées ?

Avez-vous, Monsieur l’Inspecteur d’académie, des réponses concrètes à apporter aux équipes ?

Parce que oui, les professionnels de l’éducation que nous sommes ont besoin de réponses claires et précises pour pouvoir accueillir au mieux, en cette rentrée si singulière, leurs élèves, pour pouvoir informer et rassurer les parents le plus clairement possible. C’est pourquoi nous attendons des réponses claires et précises !

Enfin, les personnels à la santé fragile attendent des réponses quant à leur protection en cas de reprise du travail. Nous aimerions rappeler également que dans de trop nombreuses écoles, la question du manque de lavabos, et celle de l’absence de possibilité d’aération des locaux se pose. Comment l’institution peut-elle rassurer les personnels travaillant dans ces conditions ?

Nous comptons sur vous, Monsieur l’Inspecteur d’académie, pour répondre à toutes ces questions avant la rentrée des classes et lors des réunions de pré-rentrée avec les directeurs et directrices, pour que nous puissions informer nos collègues, et nous espérons que toutes ces interrogations seront abordées au cours de celles-ci.

Veuillez croire en l’expression de nos salutations respectueuses.

Rémi Nucibella et Haydée Leblanc Co-secrétaires départementaux SNUipp – FSU 80